L'a-Femme
Je pense à cette femme que je ne retiens pas.
A cette silhouette brisée dans l'absence d'une nuit. Je me condamne à toujours tout reformuler, sans espoir jamais de me reconstituer dans aucune configuration de conscience, de réalité. Je m'échappe à la vitesse du désespoir. M'échapper dans cette mosaïque de femmes. Un scintillement dans l'absence d'une nuit.
Je pense à la silhouette que j'ai tenue pour femme.
Je pense à cette absence comme à un néant.
Une île plantée au milieu de la pensée.
Qui s'enfonce là, qui émerge ici.
Ailleurs / Ailleurs
Une urgence qui apparaît, disparaissant aussitôt. Pour réapparaître. Toujours tout entière, inchangée au milieu de la pensée. C'est un témoignage de l'universel qui s'abat sur la mémoire, qui érode l'oubli. Et cependant je ne suis jamais seul. Désespérés, la nuit et moi scrutons le temps, attendons que tombent une cendre solaire, une robe de fillette sortant du feu, une ombre enfin recroquevillée dans le présent du corps. Je retiens cette femme dans une nuit brisée.
Nous sommes trois. Quoi: cette femme, la nuit, et moi.
Tout peut s'écrire par delà cette femme et la nuit. Je veux retenir cette femme dans la nuit. Singulières! Qu'il faille marteler le désespoir ou la poésie afin que s'érige une telle volonté implique non seulement le désespoir ou la poésie, mais encore toute la volonté du désespéré et toute la poésie de la nuit.
L'afemme existe peut-être sous ces conditions.