Ecoulement pur

Publié le par leblog@khaluan.com

Comme le temps est immuable. Au fond de sa nuit. Tu dors. Recouverte d'une blanche chaleur. Et tu es en train de rêver. D'une naissance. Du silence fragile. D'un état irréfragable. D'une enfance retrouvée. Tu rêves et j'écris. La nuit cerne mes yeux. La nuit appelle mon écriture. Ecrire c'est oublier qu'il fait nuit. Ecrire c'est sentir encore tes baisers sur mes doigts. Si proche de la chaleur et si intérieur à soi. Je veux que tu lises ces mots, lêtre, une destination blanche. Je veux t'offrir ces quelques mots simples, fragiles, innocents, blancs, silencieux, ces mots qui illuminent de fraîche lumière nos deux corps apaisés et fatigués après l'amour. Des mots qui racontent l'amour après l'amour. Des mots qui tissent une trame invisible et qui se souviennent d'une durée. La durée de l'amour. Tu dors. Et pourtant je sais que tu es en train de me lire. Je n'ai aucun doute. Tu me lis. Donc j'écris. C'est nécessairement cette persistance de la lecture qui continue l'écriture. Ecrire c'est donner à voir. Que voir. Tu rêves d'un jour passé. J'écris un oubli. Tu rêves d'une caresse à venir. J'écris une fatigue. Voir. Nos corps brassés et noyés. Nos corps dans l'hélice des circonstances. Nos corps dans quelque chose qu'on ne peut appeler expérience. Nos corps dans l'innommable. L'inconcevable. Nos deux corps sont une même énergie. L' énergie de l'Impair. Unir deux corps c'est faire possible l'amour. Faire apparaître. Ecrire cette apparition c'est faire resurgir l'Impair. L'impossible infini. L'infini est impair. Ecrire c'est mesurer l'infini. Que l'on porte en soi. A côté du silence. Au moment où l'on écrit. Entre la nuit et le jour. Entre le rêve et la mort. Entre l'intimité du corps et le mystère de l'esprit. Tu dors. J'écris quand tu respires. J'écris ta respiration. J'arrête de respirer. Puisque j'arrête d'écrire. Coupure d'écoulement. Rupture de soi. Je laisse ma fatigue errer. Jusqu'à demain. Jusqu'à maintenant.

            Sans rien voir, j'écris. Continuer. Car au fond il n' y a rien à voir. Seulement le bleu du ciel. Une fleur dans le silence. Un sang dans l'air. Une phrase qui te fête. Une plume qui t'aime. Une main écrivant. Une nostalgie disparaît. Une autre revient. Une musique chante sur la parole perdue. Une parole revient, qui me dit d'écrire. Alors.

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