déjà l'autre
déjà l'autre lettre est partie déjà l'autre nuit un appel dans une absence vague déjà le départ imminent déjà toi près de mon baiser tout près comme si le rapprochement créé par l'imagination avec la complicité du temps condensait l'espace et en faisait un point qui nous relierait le point intime où tout se dirait où tout serait silence une espèce de rétrécissement des corps le rétrécissement de la voix aussi je t'écris avec pour le moment la seule conviction des mots seuls quelque chose qui ne doit pas me perturber un repos sans doute le sommeil c'est certain mon ange je ne supporte pas mon ennui encore moins celui du monde cependant tout chez moi tend vers l'extrême repos paresse silence l'ennui pour se taire pour écrire aussi rester disponible à chaque frisson du monde du corps de l'être en somme le monde dans le corps et le corps dans le monde car enfin je veux nier le mouvement pour en parler le plus calmement possible pour aimer ce(ux) qui se puisse(nt) être aimé(s) et se laisser aimer par ce(ux) qui aime(nt) tu connais je crois cette façon que j'ai de me croire vivre car au fond je pense n'être qu'une cellule qui a deux mains et rien de plus qu'on ne me parle pas d'âme toute philosophie est un sérieux qu'il faut éliminer je suis une cellule avec des membres en plus n'allons pas chercher plus loin me crois-tu fou mon ange me crois-tu capable de n'être qu'une cellule indifférente avec de temps en temps comme pour impressionner des éclairs convulsifs d'amour et de tendresse pour toi ces éclairs durent très longtemps ils nous éclairent ils m'illuminent afin que tu me vois dans un habit d'humain avec des désirs d'humains car je ne suis qu'une cellule humainement à moi ressemblante je me ressemble par cellule interposée et c'est alors que tu m'as appélé moi qui attendais cette voix je vais maintenant te donner à caresser des yeux mon écriture comme ceci