Lêtrami

Publié le par leblog@khaluan.com

Ils sont amis, dirons-nous, et ils aiment écrire. Ils se font des confidences, se disent des choses que l'on ne dit qu'entre amis. Ils se serrent la main, parfois s'embrassent.

Ils ont chaque chose multiple. Leurs mondes. Leurs rêves. Leurs amours. Leurs détresses, bonheurs, espoirs, désespoirs, convictions, doutes, préférences, regards, façons et manières.

Ils ont aussi leurs amis.

L'amitié annule parfois l'intervalle entre les individus. Ils se confondent mais jamais ne se superposent. Ils écrivent ensemble, lisent ensemble, sortent ensemble. Ils aiment ensemble les mêmes choses : les filles...la musique...les rues...les cafés de Paris...Artaud...Céline...le silence ( ils peuvent ne pas se parler pendant des heures ) ...les autres silences...la sensualité...les livres...la nuit...le jour ( aussi évidemment ) ...un ami...le sourire...les rires fous...le cinéma...Paris...les détails charmants...l'ivresse...!

Il y a quelque chose comme un terme qui les séparera. Pas pour assez longtemps. Mais un très long temps. Une histoire d'amitié, c'est toujours une histoire d'amour racontée autrement. On voudrait que ça dure, que ça soit différent, unique, parsemé d'intensité, d'exactitude, de vérité, de sensibilité, de mots, et l'on voudrait les mots pour le dire. Mais toujours on revient à la même séquence de déterminations. Ce qui change, c'est le langage que l'on emploie. On use la parole. Il ne restera plus qu'un fil. La ligne du silence. Un filet de sang d'encre qui creuse, trace des sillons sur des milliers de feuilles blanches. On s'écrit des lettres. On mettra ça au compte de la lucidité ou de la clairvoyance, mais l'amitié c'est le retour au lieu de l'Une.

Le discours de l'amitié fait acte de serment. Mieux! c'est la promesse d'une promenade dans les allées d'un paradis démultiplié, peinturluré du sang d'être, et suspendu au-dessus de l'intelligence des choses communes.

Bref...C'est la certitude de marcher sur une plage dont chacun des galets est une vérité qu'il faut couler au fond de l'Océan.

Deux vérités dans un Même Mouvement :

Celle dure, ronde et lisse que l'on peut prendre dans l'esprit et caresser

et Celle disparue, lourde, invisible dans l'obscurité, cachée à l'inquisition de la conscience.

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Publié dans Les songes d'une nuit

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